Enseignement bilingue

 

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LE BILINGUISME EN QUESTIONS

 

Qu'est-ce que le bilinguisme ?

Sont bilingues des personnes capables de s'exprimer dans deux langues de manière aisée, correcte, sous une forme orale comme par écrit, dans toutes les circonstances privées, publiques ou professionnelles. Le bilinguisme s'oppose à une connaissance approximative, même si elle peut être plus ou moins poussée, d'une langue seconde qui reste ressentie comme une langue étrangère.

Pour la majorité des personnes dans le monde, le bilinguisme représente une situation tout à fait normale.

Ainsi au Mali, un enfant peul apprend d'abord sa langue maternelle, le peul, puis une langue de plus grande extension, le bambara et enfin à l'école, le français.

 

Pourquoi rechercher le bilinguisme ?

Le bilinguisme représente toujours un excellent moyen de développement personnel et intellectuel. Il est accessible à tous les enfants.

"Le bilinguisme contribue à un développement mental plus riche et à un élargissement de la personnalité de l'enfant du point de vue spirituel, affectif et social. " Renzo Titone. Sociologue, linguiste

Pour tous les habitants de la région, quelle que soit leur origine, le bilinguisme français-allemand constitue un atout sans pareil, considérable tant sur le plan personnel que professionnel dans la perspective de l'Europe unifiée et de son extension vers l'Europe centrale et orientale. Il facilite considérablement l'acquisition ultérieure de l'anglais ou d'une autre langue.

 

L'anglais, langue mondiale, serait plus utile que l'allemand

Certains disent: "Pourquoi pas l'anglais, l'espagnol ou le japonais plutôt que l'allemand ?"

En théorie, toutes les variétés de bilinguisme sont intéressantes. Mais il faut absolument rester pragmatique. Le bilinguisme français-allemand s'impose en Alsace et en Moselle

parce que :

  •  L'allemand standard est la forme littéraire de la langue régionale dont les dialectes composent l'expression orale. Cette langue régionale possède une légitimité particulière dans cette région et constitue un lien nécessaire avec la mémoire collective. Par exemple, l'immense majorité des chansons populaires ont été composées en allemand.
  • L'allemand est aussi la "langue du voisin", de nos partenaires suisses, allemands, luxembourgeois, avec lesquels nous sommes appelés, alsaciens ou mosellans, à gérer ensemble soit la région du Rhin supérieur, soit la "Saar-Lor-Lux". C'est en Alsace et en Moselle que se rencontrent les langues française et allemande, d'un côté plus de 60 millions d'Européens francophones et de l'autre plus de 95 millions d'Européens germanophones. Encore une fois, du point de vue humain et professionnel, comme du point de vue culturel et économique, il y a tout intérêt à maîtriser ces deux langues immédiatement présentes. D'autant plus que l'allemand est la langue internationale, commerciale en Europe Centrale, bien au-delà de son aire propre, qu'elle est très employée dans la recherche, notamment appliquée.
  • L'allemand possède une réalité sociale dans cette région que d'autres langues n'ont pas: présence de médias audiovisuels allemands, médias bilingues en région, littérature régionale en allemand, facilités de recourir à des maîtres dont la langue maternelle est l'allemand, possibilités de contacts avec des familles germanophones.

Les psycholinguistes sont tous unanimes: par rapport au bilinguisme français/langue étrangère, le bilinguisme français/langue régionale, offre l'immense avantage de s'appuyer sur l'environnement, l'histoire, les réalités de la région, le vécu de l'enfant. Il a toutes les chances de réussir.

Lorsque les jeunes alsaciens et mosellans, sachant le français et l'allemand, commenceront l'apprentissage de l'anglais, langue germanique fortement influencée par le français, ils en posséderont déjà une grande partie. Son enseignement pourra commencer en 6e ou même au Cours Moyen, puisqu'un bilinguisme précoce aura bien assis la connaissance des deux langues.

 

Warum zweisprachig sein?

Die Zweisprachigkeit ist im Elsaß und in Ost-Lothringen eine Notwendigkeit in kultureller, in wirtschaftlicher, und beruflicher Hinsicht. In aller Welt ist der Zustand der Zweisprachigkeit meistens eine Selbstverständlichkeit, Viele Sprachwissenschaftler, so Prof. Winreich, setzen sich für sie ein, denn sie bedeutet in Europa eine Überwindung des Schablonendenkens, der politischen und Denkgrenzen, sie ist eine Bereicherung, eine breite Öffnung auf die Welt, eine Unterstutzung der Demokratie und bewältigt manchen Frust. Umsomehr bei uns, wo sie eines der leistungskräftigen Mittel gegen die kulturelle Selbstaufgabe einer Gemeinschaft ist, die den Verlust ihrer Eigenart nicht hinnehmen will. Im folgenden Text, werden die Vorteile der Zweisprachigkeit und des zweisprachigen Unterrichts vorgestellt Es wird auch auf die Verbindung der Mundart und der Hochsprache im Unterricht hingewiesen.

 

Pour les relations économiques, pourquoi l'allemand et non pas l'anglais?

Il a déjà été répondu partiellement à cette question. Les pays, les régions les plus enracinés culturellement sont aussi ceux qui s'avèrent être les plus aptes à la compétition économique, parce qu'ils ont davantage confiance en eux-mêmes.

Notre région est pourvue d'une identité très forte. L'intérêt d'inclure largement dans la formation des enfants l'apprentissage précoce et efficace de la langue de la région est patent. Cet apprentissage leur permettra de prendre une part plus active au développement éco­nomique par une meilleure connaissance de leur environnement.

Dans un monde, où les nécessités économiques sont incontournables, les Alsaciens et les Mosellans possèdent un atout majeur, une richesse encore naturelle: le bilinguisme. Il devient de plus en plus indispensable sur le marché du travail et pour le développement économique.

60 000 Alsaciens et près de 30 000 Mosellans vont gagner leur vie en Suisse, en Allemagne, au Luxembourg, environ 30 000 Alsaciens travaillent en Alsace dans des entreprises allemandes, où la langue allemande est souvent utilisée jusque sur les chaînes de montage et dans la comptabilité. Pour une large part des emplois tertiaires et du personnel d'encadrement, le bilinguisme français/allemand est exigé. Un chômeur qui n'est pas bilingue, rencontre, à compétences égales, plus de difficultés qu'un bilingue.

Les changements intervenus en Europe centrale et orientale soulignent à nouveau le rôle international de l'allemand. L'Alsace est une région de forte exportation. L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la France et plus de 50% des exportations alsaciennes vont dans des pays germanophones.

L'anglais scolaire ne suffit plus. Il ne suffit plus de "savoir se débrouiller" en allemand.

Pour vendre et bien acheter, il est nécessaire de connaître la culture des pays germanophones, leur façon de travailler, leur volonté de disposer de dossiers impeccables, les événements politiques, culturels, sportifs. Combien de fois en citant Schiller, Goethe, Böll ou Walser, en parlant des résultats de la Bundesliga, des musées de Munich, de Vienne, du baroque en Autriche ou du Morgenstraich bâlois selon les cas, un entrepreneur alsacien a emporté un marché. Il a fait pencher la balance en sa faveur en créant des liens infiniment plus solides que les relations d'affaires strictement économiques.

 

Pourquoi l'allemand et pas l'alsacien ?

Certains voudraient un enseignement du dialecte, d'autres le rejettent absolument. La langue de la région dispose de deux formes: l'allemand standard pour l'écrit (sauf des poèmes, des comptines, des pièces de théâtre) et les relations institutionnelles, le dialecte pour les relations orales, quotidiennes, informelles. A l'école, depuis toujours, c'est l'allemand et non l'alsacien qui a été enseigné. D'ailleurs allemand standard et dialecte ont la même grammaire et presque le même vocabulaire. Dans la situation actuelle le premier ressource le second.

L'enseignement de l'allemand, langue internationale, parlée par des millions d'Européens, peut intéresser toutes les familles, y compris celle qui ne sont pas alsaciennes.

Pour les dialectophones, le dialecte sera utilisé comme langue d'accueil, durant toute la maternelle, pour des chants, des jeux, des comptines, des sketches. Il facilitera le contact de tous les élèves avec l'identité régionale. Pour les dialectophones, il facilitera l'acquisition de l'allemand standard (vocabulaire, syntaxe, formes fortes et faibles etc..). Dans la pédagogie bilingue, la connaissance de l'alsacien des enfants dialectophones sera valorisée.

Hors de l'école, les enfants, seront, à des niveaux divers, en contact avec la langue régionale. C'est une communication supplémentaire, une perception indispensable, irremplaçable qui éveillera en plus leur curiosité, leur intelligence. 


Mais quel dialecte utiliser ?

Celui des enfants. L'enseignant(e) ou des intervenants extérieurs rendront les enfants attentifs aux différentes variétés dialectales, et leur recommanderont de rester fidèle à leur dialecte. D'ailleurs il existe une intercompréhension presque totale entre les diverses variétés dialectales.  


Le dialecte n'a pas de grammaire

Les dialectes ont des règles aussi strictes que les langues écrites. Tout dialectophone sent quand il faut dire "Ich geh in de Wald" (mouvement) ou "Ich bin im Wald" (une situation). Ces règles sont communes à tous les dialectes de l'aire germanophone. Elles n'ont pas été codifiées pour chaque dialecte en particulier.
 
Faisons quelques comparaisons de vocabulaire

français
allemand standard
dialectes alsaciens
anglais
la mère die Mutter
d'Mueder
the mother
le père der Vater de Vader the father
le fils der Sohn de Sohn the son
la fille die Tochter d'Dochter the daugther
le pain das Brot 's Brot the bread
le lait die Milch d'Milch the milk
le vin der Wein de Win the wine
la mer die See, das Meer d'See, 's Meer the sea
le lac der See de See the Iake
le soleil die Sonne d'Sunn the sun
la montagne der Berg de Berri ou Barri the mountain
la rivière der Fluß de Fluß the river
le vent der Wind de Wind the wind
étroit schmal schmal small
étirer allonger strecken strecke to stretch
la piscine das Schwimmbad s'Schwimmbad the swimming-pool


La langue régionale, c'est l'affaire de la famille

La transmission, dans le cadre familial, du dialecte ou de l'allemand (chants, journaux, cultes, radio, télévision) ne suffit plus. Le dialecte ne s'apprend plus dans la rue. La famille n'est plus ce qu'elle était il y a 50 ou même 30 ans. Les parents ont leurs activités professionnelles. Les jeunes enfants, au moment où leur langue se forme, sont chez une nourrice, vont à la crèche, à la maternelle. Sauf louables exceptions, ils ne vont y entendre que le français. Le dialecte, langue familiale, va alors disparaître. De nombreux exemples démontrent que la langue de la famille recule devant la langue de l'école. Celle-ci va devenir la langue dominante, puis la seule. Les enfants passent plus de temps hors de la famille que chez eux.

Au bout de quelques mois de maternelle, l'enfant ne s'exprime plus qu'en français, ne répond plus qu'en français aux questions en dialecte des parents. Ceux-ci sont désorientés, voire désespérés. Souvent ils abandonnent le dialecte pour maintenir le dialogue avec leur(s) enfant(s).

La langue de la région, dans ses deux composantes, est une langue à part entière. Comme toutes les langues, son apprentissage nécessite une pratique suffisante pour permettre à l'enfant de communiquer véritablement, efficacement.

C'est tout naturellement et dans son ensemble que le système scolaire doit prendre le relais. Un nombre important d'heures hebdomadaires de et en allemand est nécessaire.


Quelles sont les mécanismes de l'abandon du dialecte par les jeunes enfants ?

En fréquentant la maternelle, les jeunes enfants quittent , souvent pour la première fois, le milieu familial ou de garde individuelle. Il s'agit d'une première rupture. Ils se retrouvent dans un milieu tout nouveau, avec des jeunes de leur âge, avec de nouveaux repères, une nouvelle autorité : l'institutrice. Tout un ensemble de découvertes, la socialisation ne se feront qu'en français. Ils veulent se mêler au groupe des enfants, s'y identifier, mais la seule langue admise, c'est le français.

Sur 950 classes maternelles ou enfantines en Alsace, une vingtaine seulement font un travail efficace en faveur de la langue régionale. Ce qui n'empêche pas les enfants d'apprendre parfaitement la langue française. Autour d'eux, presque tout se passe en français. Même les grands-parents parlent souvent en français à leurs petits-enfants. Il existe depuis la rentrée 1991 des classes maternelles où l'on pratique l'initiation à l'allemand.

"Il faudrait que je prenne exemple sur un tout petit garçon qui, lui, a bien compris la définition: dans sa famille, avec ses parents, il utilise le parler strasbourgeois, la langue dans laquelle il est en train de grandir. Mais, surprise, dans les lieux publics où il se rend, il se sert du français qu'il commence à apprendre. C'est qu'il n'a pas ses oreilles dans ses poches: de par ses pérégrinations dans les magasins petits ou grands , ses tribulations dans les parcs, et sa vie à l'école, ses réflexes statistiques personnels lui ont appris que l'emploi du français était plus fréquent que celui du parler indigène, ne serait-ce que pour la simple, mais bonne raison que jamais un adulte ne s'est adressé à lui, spontanément, autrement qu'en français. Cela signifie sans doute qu'un adulte n'imagine pas/plus qu'un enfant puisse encore pratiquer le parler indigène....." Dominique Huck Vivre dans nos langues CRDP 1985

Pour la promotion du dialecte et de l'allemand la famille ne suffit plus. Tout le monde doit s'y mettre, l'école en particulier.

Dans la circulaire rectorale de janvier 1988, le Recteur de l'Académie de Strasbourg, P. Deyon, a invité les enseignants à "accueillir positivement l'expression dialectale des enfants", "à permettre aux enfants d'expression dialectale un usage intermittent de leur langue maternelle", à "conserver l'usage du dialecte, à "faciliter la rencontre de tous les enfants avec le dialecte, notamment de ceux qui ne le parlent pas". 

c'est chic de parler francais
 
Pour un véritable bilinguisme, il faut que chaque langue soit valorisée

Le professeur Lambert, de l'Université de Montréal, a étudié le cas de nombreux enfants apprenant deux langues. Cela lui a permis de distinguer, deux types de bilinguisme, le bilinguisme additif, le bilinguisme soustractif, selon l'importance de la valorisation des deux langues.

Si les deux langues, en particulier la langue maternelle, sont suffisamment valorisées, l'enfant pourra en tirer un bénéfice maximum et deviendra un enfant bilingue de type additif en parvenant à une situation où les deux langues s'enrichissent mutuellement. Alors cet enfant fait montre de performances améliorées dans chacune des deux langues par rapport à celles d'un enfant monolingue.

Au contraire, si la langue maternelle est dévalorisée par le milieu socioculturel (école, relations publiques, famille...) comme c'est souvent le cas en Alsace, en Moselle, son développement intellectuel sera freiné et pourra même présenter un retard par rapport aux enfants monolingues. L'auteur ajoute que cette forme soustractive du bilinguisme s'installe quand l'enfant appartient à une communauté linguistique qui rejette, pour diverses raisons, ses propres valeurs, au profit de celles d'une langue apparaissant comme plus prestigieuse et que la scolarisation s'effectue uniquement ou presque dans cette langue. Dans les cas extrêmes, la situation peut provoquer un état de "semi-linguisme" chez l'enfant, aucune des deux langues n'étant correctement maîtrisées, ni la langue maternelle, ni celle de la communauté nationale.

 
PAS DE DIALECTE VIVANT SANS ALLEMAND STANDARD VIVANT SANS DIALECTE VIVANT, PAS DE BILINGUISME POPULAIRE FRANÇAIS/ALLEMAND POSSIBLE


Conseils aux parents

Einige praktische Ratschläge zur zweisprachigen Kindererziehung

  • Die Zweisprachigkeitserziehung sollte sich natürlich ergeben. Die Eltern oder die Umgebung sollten verschiedene Sprachen vertreten. Vermeiden Sie künstliche Zweisprachigkeit.
  • Wählen Sie die Sprachverteilung, die sprachlich und psychologisch fur Sie und Ihren Partner am angenehmsten ist. Die Verteilungen "une personne, une langue" oder die Trennung Familiensprache/ Umgebungssprache haben sich aïs besonders günstig herausgestellt.
  • Praktizieren Sie diese Verteilung von Geburt des Kindes an. Bleiben Sie konsequent bei dieser Ordnung, auch in Zeiten der Krise, wenn das Kind die "schwache Sprache" verweigert.
  • Achten Sie darauf, daß beide Sprachen dem Kind mit ähnlich intensiver Zuwendung nahegebracht werden.
  • Bauen Sie bei dem Kind positive Einstellungen zur Zweisprachigkeit auf. Vermitteln Sie ihm positive Vorstellungen vom Land und der Kultur der "schwachen Sprache". Erzählen Sie ihm Märchen und Sagen aus dieser Kultur, singen Sie Lieder mit ihm. Ziehen Sie die Umgebung, besonders die Spielkameraden des Kindes ins Vertrauen. Erklären Sie der Umgebung die Zweisprachigkeit ihres Kindes und werben Sie also fur eine positive Einstellung.
  • Wiederstehen Sie dem Druck der Umgangssprache. Achten Sie darauf, daß die "schwache Sprache" nicht zu schwach wird. Vermeiden Sie Sprachmischungen und vor allem das Entstehen einer Mischsprache.
  • Stellen Sie in der "schwachen Sprache" keine zu hohen Korrektheitsansprùche an Ihr Kind.
  • Lassen Sie sich durch zeitweilige Probleme, Krisen nicht beirren. Zweisprachigkeit allein führt nicht zu Störungen. Sprachverspätungen oder ähnliches regulieren sich zwischen dem 4. und 5. Lebensjahr meistvon selbst...
  • Lassen Sie sich nicht durch Gerede, Vorurteile, beirren !   B. Kielhöfer/ S. Jonekeit


"L'erreur de nombreux parents alsaciens (et mosellans) est de croire que le bilinguisme, surtout en ce qui concerne "l'autre langue", l'allemand, c'est exclusivement le rôle de l'école. Pour une formation bilingue des enfants qu'elle prend en charge, l'école pourra certes faire beaucoup... Chaque fois qu'ils en ont les moyens, les parents alsaciens doivent donner à leurs enfants la base dialectale sans laquelle rien de durable ne se fera en Alsace. Si les parents savent bien le français et le dialecte, ils doivent pouvoir élever leurs enfants dans les deux langues. Il leur suffit de respecter le principe "une personne, une langue"(1) , au moins jusqu'à ce que les enfants répondent spontanément dans l'une ou l'autre langue.

Il n'y a aucun inconvénient majeur à ce que les parents ne parlent aux enfants que le dialecte jusqu'à ce qu'il soit bien fixé, c'est-à-dire vers l'âge de 5 ans. Cela d'autant plus que les enfants ont aujourd'hui (parfois) la possibilité de s'en servir à l'école maternelle et (ou) élémentaire. Ils assimileront ensuite le français rapidement que ce soit en famille, à l'école ou ailleurs. Les objections -mélange des langues, "l'accent"...n'ont plus cours. L'environnement, surtout en milieu urbain ou urbanisé, est largement, souvent même totalement francophone.... Les parents alsaciens peuvent assurer l'avenir bilingue de leurs enfants. Avec le concours de l'école, bien entendu. "  Eugène Philipps.  Vivre dans nos langues. CRDP1985

(1) Jules Ronjat, professeur à la Sorbonne, décrivait déjà, il y a près de 80 ans, des situations de bilinguisme familial dans son ouvrage "Le développement du langage observé chez un enfant bilingue". Sa femme étant allemande, Ronjat voulut que son fils, sût le français et l'allemand. Il prit conseil auprès de Maurice Grammont, éminent professeur et grammairien français. Ce dernier lui répondit: "// n'y a rien à lui apprendre ou à lui enseigner. Il suffit que lorsqu'on a quelque chose à lui dire, on le lui dise dans l'une des langues qu'on veut qu'il sache. Mais... que chaque langue soit représentée par une personne. Que vous, par exemple, vous lui parliez le français, sa mère l'allemand. N'invertissez jamais les rôles. " Ronjat suivit ces conseils et l'enfant grandit dans les deux langues, sans effort intellectuel apparent, comme l'a souligné son père.

En même temps que l'enfant dialectophone apprend le français, il est nécessaire qu'il progresse en langue allemande, car elle présente les mêmes structures que les dialectes alsaciens. Ainsi l'enfant assimilera facilement les expressions plus abstraites qu'il ne connaît pas en alsacien, mais qu'il ressentira comme le prolongement de sa langue maternelle. L'apprentissage du français ne représente alors plus qu'un simple passage d'une structure linguistique à une autre et se trouve ainsi facilité.

" Les jeunes possèdent les plus grandes facilités pour apprendre deux, voire trois langues. Vers 5-6 ans, cette faculté atteint son plus grand développement, mais diminue ensuite et fortement après 12 ans.

Sans crainte aucune, vous pourrez parler uniquement le dialecte avec Pascal jusqu'à 5-6 ans pour l'enraciner dans sa langue. Le français, il l'apprendra rapidement à l'école. La seule conversation quotidienne ne suffira naturellement pas. Pour la compléter, vous disposez de chansons anciennes et nouvelles, de contes et de légendes, de coutumes, de comptines, du vocabulaire de la nature.

Des chansons populaires, enfantines, des histoires en allemand littéraire s'y joindront sans problèmes. Il existe maintenant d'excellents livres et disques pour les enfants. Tout doit se faire dans une ambiance détendue, avec la participation effective des parents.

En agissant ainsi, vous donnez à Pascal toutes les chances de devenir bilingue français-allemand (dialecte et allemand littéraire). Cela n'est pas tellement difficile, les enfants luxembourgeois pratiquent tous les jours un tel bilinguisme. C'est un exemple parmi d'autres. "  François Schaffner.  Lettre à des parents tout neufs. Land un Sproch. 1986.

 

Ce n'est plus le moment de se demander si les Alsaciens savent assez de français pour jouer le rôle qu'ils ont à jouer dans la société française, il en sont largement capables. Il faut se demander s'ils savent encore assez d'allemand pour remplir le rôle qu'ils ont à jouer dans le monde européen de demain.

Autrefois, parler le seul dialecte, paraissait à certains comme un "provincialisme" dépassé, demain le grelot du "provincialisme" s'accrochera en Alsace à tous ceux qui ne sauront que le français. 

Le bilinguisme précoce nuit à l'enseignement du français

Le but de l'école est de rendre l'enfant autonome, capable de maîtriser son avenir et de lui donner une éducation en rapport avec son cadre de vie, avec ses droits et ses besoins. L'enseignement bilingue remplit largement ces conditions.

Les spécialistes, notamment les psycholinguistes de France et du Canada affirment que les classes bilingues représentent un progrès: l'apprentissage de deux langues est à recommander.

Dans les Académies de Bordeaux, Rennes, Montpellier, il existe des classes bilingues dans l'école maternelle et l'école élémentaire publiques avec 12/13 heures de et en basque, breton, ou catalan par semaine. C'est la parité des langues. Ces classes ou sections ont été rendues possibles par une circulaire ministérielle de juin 1982. Les tests réguliers de l'Education nationale démontrent que les résultats scolaires des enfants fré­quentant ces sections bilingues sont égaux, voire supérieurs à ceux qui ne suivent qu'un enseignement monolingue, en français. Un enseignement bilingue améliore les capacités des enfants, leurs facultés d'expression dans les deux langues.  


La langue régionale, c'est s'enfermer dans son petit coin

On ne peut parler d'enfermement, lorsque les Alsaciens et les Mosellans bilingues peuvent parler, correspondre avec plus de 160 millions d'Européens.

Il s'agit s'assumer notre histoire tout en ouvrant à nos jeunes les horizons de l'Europe, de renforcer notre rôle de lien entre la France et l'Allemagne et tous les pays et régions germanophones, de faire de notre région un pont entre les pays.

Il s'agit de faire de nos jeunes, l'avenir, une pépinière d'ouvriers, d'artisans, de commerçants, de cadres et d'ingénieurs capables de se mouvoir aussi bien à Bordeaux, à Genève et à Charleroi, qu'au Luxembourg, à Munich, Vienne, à Leipzig et à Baie. Mais aussi à Varsovie, Prague, Budapest ou Ljubljana.  


Comment accéder au bilinguisme ?

L'acquisition des langues devient de plus en plus difficile après l'âge de 8-9ans. Même avec des méthodes dites modernes et actives, l'enseignement des langues étrangères dans les collèges et les lycées ne permet d'arriver qu'à une connaissance souvent très imparfaite d'une langue seconde. Les spécialistes sont unanimes: toutes les initiations linguistiques précoces sont inefficaces lorsqu'elles sont limitées à une ou quelques heures hebdomadaires.

Malgré les efforts et l'enthousiasme de certains enseignants, la sensibilisation à l'allemand à raison d'une ou deux heures hebdomadaires, telle qu'elle est assurée actuellement par l'Education nationale dans les dernières classes de l'école élémentaire ne donne que des résultats décevants.

Les enfants n'arrivent pas à se dégager de situations stéréotypées. La connaissance opérationnelle de l'allemand standard recule.

L'accession au véritable bilinguisme passe par une pratique à la fois précoce, dès la première année de maternelle, et intense d'une langue seconde.

Comme le montrent de nombreuses situations en France et à l'étranger, citons les exemples basques, bretons... du Val d'Aoste, du Canada, du Luxembourg.... la méthode qui a fait ses preuves pour rendre un enfant bilingue consiste à le placer dès la maternelle dans un "bain linguistique".

La parité des langues (13 heures hebdomadaires) représente une excellente solution.  


Comment fonctionne une maternelle bilingue ?

Il n'est pas question "d'apprendre" une langue seconde à un enfant, mais de le placer dans une situation de communication dans une langue autre. L'enfant accédera à la langue seconde de manière spontanée en pratiquant ses activités de jeu et d'éveil dans cette langue.

A la maternelle ou au jardin d'enfants, la moitié de l'activité se déroule en allemand, avec une éducatrice germanophone, allemande. L'autre moitié de l'activité se déroule en français avec une éducatrice francophone. C'est le principe: une personne, une langue. L'environnement (éducateurs, parents etc.) valorise cette acquisition et motive les enfants. Cette méthode est éprouvée, ce n'est plus, depuis longtemps, une expérimentation. Les résultats obtenus ailleurs, montrent que, dans cette situation, l'acquisition de l'autre langue se fait rapidement, sans que les enfants se sentent surchargés ou perturbés. Les "seuils minimum de compétence linguistique" du professeur Cummins sont respectés.

Les progrès en langue française ne sont pas compro­mis, mais au contraire stimulés. Les facultés d'expression et de conceptualisation sont améliorées dans les deux langues. Il s'agit d'une gymnastique de l'esprit...

Il n'est pas nécessaire que les enfants soient particulièrement "doués", dans certaines régions l'enseignement bilingue est même utilisé comme instrument de soutien à des enfants en difficulté scolaire. Dans le modèle proposé, la langue n'est pas une matière que l'on apprend, mais une réalité que l'on vit. Tous les enfants peuvent y participer, francophones, dialectophones ou issus de familles bilingues (les deux dernières circonstances sont bien sûr bénéfiques), la présence d'une 3e langue familiale (immigrés..) n'est pas davantage un obstacle.  


Que se passe-t-il ensuite à l'école élémentaire ?

La maternelle bilingue permet aux enfants d'atteindre à l'entrée de l'école primaire un niveau suffisant de connaissance active et passive de la langue seconde (parler et comprendre) pour que celle-ci soit, non seulement langue enseignée, mais aussi langue d'enseignement pour certaines matières (lecture, écriture, mathématiques, sciences, géographie, histoire...) durant les 13 heures qui lui sont allouées.

Ces activité en langue seconde renforcent constamment cette dernière.

La langue française étant de toute façon dominante, celle-ci est maîtrisée comme pour les enfants monolingues, bien qu'une partie seulement de l'enseignement se fasse en français. L'idée que ce qui est "donné" à la langue seconde serait "pris à l'autre langue" est une idée fausse: les deux langues se renforcent l'une l'autre.  


Alors le bilinguisme, c'est la panacée

Bien sûr que non. Mais il permet le respect des droits d'une communauté linguistique et constitue un faisceau d'incontestables atouts.

C'est le refus du suicide culturel d'une collectivité.

Il s'avère d'autant plus nécessaire qu'il permet le respect mutuel, la tolérance, la connaissance de notre passé, l'enracinement et une meilleure intégration des jeunes dans l'Europe et le monde. Ainsi, il est facteur de démocratie, de compréhension, il évacue frustrations et crise d'identité, c'est un rempart contre le racisme.

"Le bilinguisme, c'est l'humanisme, c'est la meilleure formule d'un humanisme populaire". André Chamson de l'Académie Française

"La faculté de communiquer avec deux univers, véhiculés par les deux langues, donne deux visions du monde, favorise de nouveaux comportements, c'est un apprentissage de la différence et de la tolérance. " Michel Tozzi  


Une francophone apprend l'alsacien

Septembre 1969... je m'inscris en fac de lettres et c'est le premier choc: dans les couloirs, des jeunes parlent une autre langue, ils passent facilement d'une langue à l'autre: je découvre l'alsacien. Pour moi c'est étrange, on a tant lu dans les livres que l'Alsace a été libérée, qu'elle était française., et voilà que dans mes amphithéâtres de lettres, des copains parlent de Proust, de Malraux en alsacien. Oui, je l'avoue, je l'ai ressenti ce premier choc du Français de l'intérieur qui ignore tout de l'Alsacien. En ville, aussi, les gens travaillent, rient, bavardent en utilisant les deux langues, je n'en crois pas mes yeux: ainsi l'Alsace possède une langue à elle, bien vivante, elle a ses chanteurs, ses écrivains, ses poètes.... l'alsacien est l'expression d'une culture, même très ancienne....
J'ai réfléchi, je me suis dit que c'est à celui qui arrive de s'adapter: "ces gens parlent leur langue, c'est leur droit, tu dois la respecter au même titre que les autres langues et t'ouvrir à une autre culture , peut-être enrichissante.."

J'ai donc appris l'alsacien, patiemment, doucement, avec mon mari, en écoutant, en répétant, il m'a fallu 5,6 ans pour comprendre les conversations et même des poèmes ou chansons, car ne connaissant pas l'allemand, je me suis servie de l'anglais...

J'ai voulu ne plus être l'étrangère, mais savoir parler aussi l'alsacien à mes enfants pour qu'ils puissent participer à deux cultures, pour qu'ils ne renient ni n'aient honte de leur double origine. Qu'est-ce qu'une région si ses enfants ne comprennent plus la langue que parlaient ceux qui les ont précédés ? On ne doit pas couper un enfant de sa région, de son passé, de ses racines...." Florence Roeck.  professeur de français. Vivre dans nos langues. CRDP 1985